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Littératie physique : Pour aller plus loin dans les politiques et programmes de loisir publics

Condensé de l'article de Pierre Morin, Directeur général du Réseau Accès Participation, paru dans L'Observatoire québécois du loisir et l'Agora Forum.

La crise de l’inactivité physique

 « Nous savons que nous devons être actifs, nous savons que nous ne sommes pas assez actifs, et nous pensons que les autres se disent la même chose. » Cette citation provenant du récent rapport En rythme de ParticipACTION résume l’état d’esprit des Canadiens sur la problématique de l’inactivité physique au pays. Malgré les efforts des organisations, des gouvernements et des individus partout au Canada, l’inactivité physique demeure obstinément élevée, et ce, depuis plusieurs années. Les Canadiens ne sont tout simplement pas suffisamment actifs, ce qui augmente le risque de développer de nombreux problèmes de santé comme le diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires et certains cancers. La majorité des adultes n’ont pas un mode de vie assez actif et 57 % disent éprouver de la difficulté à trouver la motivation pour se lever de leur fauteuil. C’est ce qu’on appelle le « paradoxe du divan ». Les participants au sondage de ParticipACTION à la base du rapport En Rythme ont plutôt tendance à critiquer les individus (84 %) et les parents (61 %) plutôt que les écoles (34 %), les gouvernements à tous niveaux (16 %) ou même les services de loisir (12 %).

 

Comment intervenir?

Alors que presque tous reconnaissent l’importance de l’enjeu autant sur le plan individuel que sur le plan collectif, que pouvons-nous, en tant qu’organisations de loisir, faire de façon différente? Divers phénomènes qui caractérisent la crise de l’inactivité, tels que la prévalence du temps d’écran chez les jeunes, l’hyperparentalité, la diminution du transport actif et la perception d’insécurité. L’offre de service en loisir public ne doit pas seulement s’inscrire dans une logique marchande, viser la satisfaction à court terme d’intérêts politiques ou de besoins émanant de tendances ou de modes passagères, mais aussi agir sur la qualité de vie à court, moyen et long terme des individus et communautés.

 

Retour aux bienfaits du loisir

La vision large que se sont donnée les organismes de loisir publics depuis une vingtaine d’années. Cette vision large appelle à instaurer des « conditions » permettant aux gens de développer par eux-mêmes, dans et par le loisir public, des compétences ou des aptitudes, de relever des défis personnels et d’atteindre un niveau de bien-être dont ils ne pourront se passer. On retrouve là les facteurs de motivation et de confiance qui font partie intégrante de la littératie physique, un concept relativement nouveau dont on peut certes s’inspirer pour installer ces conditions ou induire chez les individus la motivation d’adopter un mode de vie actif à long terme.

Certaines composantes de cette approche axée autour du concept de littératie physique peuvent être développées et exploitées pour améliorer les politiques et programmes de loisir public. La littératie physique se définit par « la motivation, la confiance, la compétence physique, le savoir et la compréhension qu’une personne possède et qui lui permettent de valoriser et de prendre en charge son engagement envers l’activité physique pour toute sa vie ». La littératie physique propose des orientations et des actions qui peuvent influencer la prestation de services d’une organisation de loisir ou de sport à tous les niveaux, du développement de la vision à l’animation directe des participants, en passant par les mesures de soutien aux organisations et l’élaboration de la programmation en vue de soutenir l’adoption d’un mode de vie actif à long terme chez les individus d’une communauté. Les programmes doivent permettre à tous les individus, car cette approche est éminemment inclusive, de développer l’intime conviction que l’activité physique leur sera toujours nécessaire et que ce sera toujours agréable. Se profilent ici les notions de plaisir, de jeu et de bien-être. Des notions nettement plus accrocheuses que la santé!

Certains aspects qu’apportent cette approche ne sont pas nouveaux, mais d’autres apparaissent comme des facteurs sur lesquels les programmes de sport et de loisir y gagneraient à mettre l’accent, tout particulièrement la confiance, la motivation et le développement de l’ensemble des habiletés physiques (motricité, locomotion, manipulation) dans tous les types d’environnements (terre, eau, air, glace).

Cette approche se veut complémentaire, soit non pas pour remplacer quelque façon de faire, vision ou philosophie déjà en place. Il n’y a pas qu’une façon de se rendre du point A au point B, et ce n’est pas tout le monde qui veut faire le trajet de la même façon.

La littératie physique propose des paramètres inédits qui, dans une optique de mesure des résultats, ne sont pas forcément faciles à évaluer à court terme. C’est normal : avec la « littératie physique », on est aussi dans la qualité de vie.

 

Exemples pratiques dans le sport

Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour des organisations de sport et de loisir?

En fait, cela pourrait se traduire par les lignes de conduite suivantes :

  • favoriser dès le plus jeune âge, et au moins jusqu’à 12 ans, la polyvalence des expériences sportives ou de développement d’habiletés physiques dans divers types d’environnement;

  • éviter d’encourager la surspécialisation sportive avant l’adolescence;

  • revoir les calendriers sportifs afin d’éviter le chevauchement des activités sportives qui peuvent empêcher un(e) jeune d’en pratiquer plusieurs;

  • revoir l’utilisation des terrains sportifs afin de favoriser aussi une utilisation libre ou spontanée hors du cadre normé de la pratique sportive régulière;

  • s’assurer que les entraîneurs et autres intervenants comprennent bien ce qu’est et ce que signifie le concept de « qualité de l’expérience » et sont en mesure de l’appliquer dans l’ensemble de leurs interventions au jour le jour;

  • soutenir les organisations qui comprennent, valorisent et appliquent ces principes;

  • soutenir les projets de formation en ce sens;

  • informer les parents de ce à quoi ils sont en droit de s’attendre de la part des entraîneurs, animateurs ou autres intervenants dans un contexte de qualité

Toutes ces mesures visent à développer à long terme le goût et le plaisir de bouger, mais surtout à éviter le décrochage, pour de mauvaises raisons, du sport et de l’activité physique.

Les fédérations de sport revendiquent pour la plupart des objectifs éducatifs que la littératie physique leur permet d’étayer et d’approfondir.

Baseball Québec, la Fédération québécoise d’athlétisme, ainsi que d’autres fédérations sportives dont le waterpolo, le plongeon, la danse sportive, le hockey-luge, le tennis de table, le volleyball, les parasports, le judo et le ski de fond, ont conçu des programmes inspirés du concept de littératie physique.

 

Dans les camps de jour et les espaces de jeu

L’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville de la Ville de Montréal et surtout l’organisme Tremplin Santé ont développé des processus d’intégration de la littératie physique dans les camps de jour ou les camps de vacances. Tremplin Santé a notamment élaboré un programme de formation et publié un guide qui indique « comment intégrer une programmation et une intervention de qualité grâce à la littératie physique »

Le projet Espaces que pilote l’Alliance québécoise du loisir public (AQLP) depuis 2013, a notamment produit un cadre de référence (Tant qu’il y aura des enfants) qui propose certaines valeurs parmi lesquelles on trouve le plaisir, jouer dehors, le mode de vie physiquement actif, ainsi que le jeu libre chez l’enfant. Le jeu libre est par définition excitant et motivant, et il développe les aptitudes physiques des enfants sans contrainte, ce qui les pousse à persévérer dans leurs activités physiques.

 

Introduire des éléments de la littératie physique dans la vision

La préoccupation d’offrir des programmes et des services qui vont procurer à leurs usagers une expérience dont les résultats seront durables n’est pas toujours manifeste. C’est ici que la littératie physique peut être utile en proposant un cadre de réflexion global qui a le mérite d’aider à orienter, de façon consciente et intentionnelle, les politiques et les programmes sur des axes de changements durables. De là l’importance d’introduire cette approche dans la vision qui préside aux politiques publiques, tout particulièrement au niveau municipal dans les domaines du sport, du loisir et de l’activité physique. Le développement de la littératie physique semble ainsi constituer une contribution intéressante à la solution globale du problème de l’inactivité physique. Alors si, à la hauteur de nos moyens, nous sommes en mesure de contribuer à ce qu’une majorité de citoyens adoptent un mode de vie actif et bougent avec plaisir toute leur vie, c’est une opportunité que nous ne pouvons ignorer.

 

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